Pelotes
cheveux, pâte à modeler, miroirs, leds, ruban adhésif, bois -2022- exposition "Pelotes", à l'issue de la résidence de coproduction en art infiltrant au 3e impérial, centre d’essai en art actuel (Granby, Québec, Canada)
texte adapté de la présentation de la résidence écrite par le 3e impérial
Avec le projet Pelotes, Colin G. évoque la résilience humaine face aux épreuves, par le biais d’une exploration esthétique qui se joue dans le contexte particulier d’un salon de coiffure et à partir d’une métaphore animalière qui réfère à l’idée de catharsis : la pelote de réjection. La pelote de réjection est un terme qui appartient au monde des oiseaux rapaces. Il s’agit d’une boulette de matières diverses qui sont régurgitées par voie orale. Elle se compose des débris de proies qui n’ont pu être digérés tels que des poils, des os, des arêtes, des cailloux. Cette forme est réinvestie par l’artiste qui entreprend de fabriquer une série de petites sculptures qui permettraient de transcender de mauvais souvenirs, de manière allégorique et poétique.
Dans un premier temps, le plasticien a reccueilli les matériaux qui serviront à la confection des pelotes. La matière principale choisie par Colin G. est le cheveu, tant pour ses qualités plastiques que pour la charge symbolique qu’il peut représenter. Une collaboration s’es établie avec des salons de coiffure. Dans ces lieux de convivialité et d’échange, de soin et d’attention, les liens de confiance qui se tissent entre la coiffeuse, le coiffeur, et ses client·e·s ont permis à l’artiste de récupérer des cheveux coupés.
En acceptant d’offrir ses cheveux chaque participant·e s'est dans un second temps prêté.e à un entretien individuel avec l’artiste, dont l’objectif était de livrer un témoignage sensible, voire douloureux, qui demeurera anonyme. Des expériences négatives ou traumatisantes, incrustées ou enfouies dans la mémoire, issues de ces entretiens ont ensuite été transposées en microsculptures. Ces minuscules formes abstraites ou figuratives ont été amalgamées aux fibres de cheveux de manière à former une boule légèrement hirsute.
Il en est résulté une série de pelotes qui se distinguent les unes des autres par leur taille, leur couleur et leur texture, évoquant la diversité des individus. De manière subtile, les microsculptures, dont on aperçoit d’étranges menus détails dans l’entremêlement des cheveux, évoquent la singularité des récits personnels.
L’histoire humaine recèle d’innombrables coutumes prêtant aux cheveux vertus et pouvoirs. À travers les temps, une certaine croyance semble perdurer : le lien entre la force vitale et le cheveu. De nos jours, pour plusieurs, l’expérience de la coupe de cheveu apporterait, au-delà d’un renouveau cosmétique, un effet régénérateur qui libèrerait des énergies négatives passées. À la manière des pelotes de réjection formées par l’expulsion des substances indigestes ingérées par l’oiseau, chaque sculpture façonnée par Colin G. enferme des douleurs dont on se déleste. Tel qu’énoncé par l’artiste, ces microsculptures ne constituent pas une narration explicite mais sont comme les bribes d’un rébus mystérieux à décoder.
Ce projet a été conçu réalisé entre février 2020 et septembre 2022 dans le contexte d’une résidence de coproduction en art infiltrant et d’un programme de résidences croisées entre la Maison des arts Georges et Claude Pompidou, centre d’art contemporain et résidences (Cajarc, France) et le 3e impérial, centre d’essai en art actuel (Granby, Québec, Canada).
Le projet est associé à la résidence d’auteure et chercheure de Noémie Fortin.

© Colin G. et 3e impérial, centre d’essai en art actuel, 2022. Photo : Swann Bertholin

© Colin G. et 3e impérial, centre d’essai en art actuel, 2022

© Colin G. et 3e impérial, centre d’essai en art actuel, 2022. Photo : Swann Bertholin